{"id":2137,"date":"2022-03-29T18:05:40","date_gmt":"2022-03-29T16:05:40","guid":{"rendered":"https:\/\/masson-reunis.fr\/?page_id=2137"},"modified":"2022-07-22T12:23:49","modified_gmt":"2022-07-22T10:23:49","slug":"benoite-menu","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/masson-reunis.fr\/index.php\/benoite-menu\/","title":{"rendered":"Beno\u00eete Menu"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>ndlr : dans cet admirable r\u00e9cit, Jean-Marie Roy aborde d&rsquo;une mani\u00e8re presque romanesque l&rsquo;origine de la famille Roy, qui devint Masson par l&rsquo;union de Charles Brutus, fils de Marie Menu \u00e9pouse Jean Roy, et de F\u00e9licie Masson, soeur de Charles Masson. Quelle aventure !<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\">Jean-Marie Roy &#8211; 2016<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Beno\u00eete Menu<br>Strasbourg, f\u00e9vrier 1846<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap wp-block-paragraph\">Par une belle fin d\u2019apr\u00e8s-midi, la diligence d\u00e9vale \u00e0 vive allure la derni\u00e8re c\u00f4te de Saverne, et d\u00e9j\u00e0 on aper\u00e7oit dans le lointain brumeux la fl\u00e8che majestueuse de la cath\u00e9drale de Strasbourg. La route est cahoteuse, Beno\u00eete a froid, elle a faim, ces quelques jours de voyage l\u2019ont fatigu\u00e9e, elle tient son ventre de ses mains. Et avant d\u2019ouvrir une nouvelle page de sa vie, elle revient sur son pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle est n\u00e9e il y a un peu plus de vingt ans \u00e0 Hautrage, une petite cit\u00e9 mini\u00e8re du Hainaut belge. Ses premiers souvenirs sont ceux de Jean-Fran\u00e7ois et Marie, ses grands-parents chez lesquels elle vivait. Ils \u00e9taient bons et tr\u00e8s pieux (Jean-Fran\u00e7ois \u00e9tait clerc la\u00efc). Benoite ne voyait pas souvent sa m\u00e8re, B\u00e9nonie. Celle-ci \u00e9tait cuisini\u00e8re \u00e0 Valenciennes, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, o\u00f9 elle avait fort \u00e0 faire. Beno\u00eete suivit quelques classes de sa petite enfance chez les religieuses d\u2019Hautrage. Elle se rappelle la statue de la vierge tr\u00f4nant au milieu du jardin, cette fausse m\u00e8re en pl\u00e2tre blanc dont on lui faisait chanter les louanges tous les matins pour lui faire oublier la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu\u2019au jour o\u00f9 B\u00e9nonie l\u2019emmena avec elle \u00e0 Valenciennes, Beno\u00eete devait avoir sept ans. Sa m\u00e8re lui expliqua qu\u2019elle allait rencontrer son p\u00e8re&nbsp;; que si elle ne l\u2019avait jamais vu jusqu\u2019ici, c\u2019est qu\u2019il \u00e9tait parti longtemps&nbsp;; mais que maintenant qu\u2019il avait trouv\u00e9 un emploi \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, ils allaient tous vivre ensemble. Au comble de l\u2019\u00e9motion, Benoite d\u00e9couvrit Jean-Baptiste&nbsp;: Il l\u2019embrassa (elle se rappelle sa barbe mal ras\u00e9e)&nbsp;; il lui fit quelques compliments, et il la laissa s\u2019amuser avec trois autres gamines qui se trouvaient l\u00e0, toutes plus jeunes qu\u2019elle, et qu\u2019on lui donna pour ses s\u0153urs. Sans lui dire ce que sa m\u00e8re lui expliqua plus tard&nbsp;: que son p\u00e8re les avait eues d\u2019une autre femme qui venait de mourir et que c\u2019\u00e9tait seulement \u00e0 ce moment-l\u00e0 que ses parents s\u2019\u00e9taient mari\u00e9s et qu\u2019elle \u00e9tait devenue Benoite Menu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu de temps apr\u00e8s, Jean-Baptiste trouva un emploi au magasin des lits militaires de Maubeuge, et ils s\u2019y install\u00e8rent place du Pavillon, proche de la caserne de cette ville de garnison. L\u00e0, sa m\u00e8re, \u00e0 un \u00e2ge assez avanc\u00e9 (elle avait une dizaine d\u2019ann\u00e9es de plus que son p\u00e8re), eut deux jumeaux qui n\u2019ont pas v\u00e9cu. Et \u00e0 partir de ce moment-l\u00e0, Beno\u00eete constata qu\u2019il se produisait entre ses parents des animosit\u00e9s de plus en plus fr\u00e9quentes&nbsp;;&nbsp;et il lui sembla que son p\u00e8re avait moins d\u2019attention pour elle que pour ses s\u0153urs. Elle en con\u00e7ut de l\u2019amertume et se rapprocha de sa m\u00e8re. Elle avait appris la couture&nbsp;; \u00e0 quinze ans elle s\u2019\u00e9mancipa en exer\u00e7ant un m\u00e9tier d\u2019ouvri\u00e8re dans l\u2019une des manufactures de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du pont sur la Sambre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Assez d\u00e9cid\u00e9e, Beno\u00eete n\u2019avait pourtant pas encore appris \u00e0 se m\u00e9fier de ses sentiments. Comme toutes les jeunes femmes de Maubeuge, elle \u00e9tait fascin\u00e9e par les militaires en garnison et sa m\u00e8re l\u2019avait mise en garde&nbsp;: leur fr\u00e9quentation n\u2019\u00e9tait pas sans risque, tous pareils, des d\u00e9lur\u00e9s, de passage \u00e0 Maubeuge pour un ou deux ans, ne pouvant se marier pendant les sept ans qu\u2019ils passaient sous les drapeaux&nbsp;! Benoite n\u2019\u00e9coutait pas. Elle eut pour l\u2019un d\u2019eux un peu plus que de l\u2019amiti\u00e9\u2026 et l\u2019irr\u00e9parable se produisit&nbsp;! A dix-huit ans, elle accoucha \u00e0 Maubeuge d\u2019un gar\u00e7on qu\u2019elle nomma Charles Auguste, et que je vais nommer ici&nbsp;: Charles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Benoite n\u2019en fit pas une affaire. Elle \u00e9tait jeune, autour d\u2019elle les naissances naturelles \u00e9taient fr\u00e9quentes et elles finissaient g\u00e9n\u00e9ralement par s\u2019arranger. N\u2019avait-elle pas, elle-m\u00eame, \u00e9t\u00e9 reconnue par son p\u00e8re&nbsp;? \u00c7a n\u2019\u00e9tait pas un probl\u00e8me\u2026<br>Elle eut de la tendresse pour Charles&nbsp;; elle le nourrit assez longtemps. Et \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, B\u00e9nonie, qui ne s\u2019\u00e9tait pas remise de la perte de ses jumeaux, ne se fit pas violence en se substituant \u00e0 elle pour s\u2019en occuper. De sorte que, d\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 suivant, Beno\u00eete put reprendre \u00e0 Maubeuge une vie normale, apr\u00e8s avoir jur\u00e9 qu\u2019on ne l\u2019y reprendrait plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un an plus tard, elle n\u2019avait pas oubli\u00e9 ce serment lorsque le vertige la reprit. Antoine \u00e9tait un bel Alsacien de vingt-cinq ans que son p\u00e8re avait plac\u00e9 comme valet de labour en Basse-Alsace. Lass\u00e9 de cette activit\u00e9 s\u00e9dentaire, il comptait sur le service militaire pour voir du pays&nbsp;; et lorsque le tirage au sort de Soultz-sous-for\u00eats l\u2019en avait exempt\u00e9, il avait aussit\u00f4t permut\u00e9 avec l\u2019un de ses camarades malchanceux et c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a qu\u2019il s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 \u00e0 Maubeuge.<br>La premi\u00e8re exp\u00e9rience de Benoite ne s\u2019\u00e9tant pas termin\u00e9e comme elle l\u2019esp\u00e9rait, elle se r\u00e9solut \u00e0 la prudence. Elle conclut avec Antoine un pacte s\u00e9rieux et ne lui c\u00e9da qu\u2019avec la promesse qu\u2019il prendrait ses responsabilit\u00e9s s\u2019il le fallait. Elle fit bien parce qu\u2019elle se trouva \u00e0 nouveau enceinte peu de temps apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et comme souvent les \u00e9v\u00e9nements malheureux s\u2019encha\u00eenent l\u2019un l\u2019autre, c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que le r\u00e9giment d\u2019Antoine fut mut\u00e9 en Alg\u00e9rie. Ils n\u2019eurent gu\u00e8re le temps d\u2019y r\u00e9fl\u00e9chir. Le lien de remplacement pour lequel Antoine s\u2019\u00e9tait fait payer \u00e9tait formel&nbsp;: il ne pouvait en aucun cas se d\u00e9rober \u00e0 la permutation qu\u2019il avait souscrite. Quant \u00e0 un mariage sous les drapeaux, il n\u2019y fallait pas songer. Beno\u00eete eut beau r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019elle \u00e9tait enceinte, ses larmes n\u2019y firent rien. Antoine partit en lui laissant la moiti\u00e9 de son p\u00e9cule, il lui promit qu\u2019il reviendrait d\u00e8s la fin de son lien&nbsp;; et il lui proposa d\u2019aller accoucher \u00e0 Strasbourg o\u00f9 elle serait h\u00e9berg\u00e9e chez sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e, Marie-Anne, \u00e0 laquelle il \u00e9crivit pour lui demander de s\u2019occuper d\u2019elle d\u2019ici l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Beno\u00eete, atterr\u00e9e, attendit plus d\u2019un mois. Sans nouvelle d\u2019Antoine, elle finit par avouer sa situation \u00e0 sa m\u00e8re qui n\u2019en parut pas autrement surprise. Quelques mois plus tard, elles en \u00e9taient toujours \u00e0 se poser les m\u00eames questions&nbsp;: Fallait-il que Beno\u00eete aille accoucher \u00e0 Strasbourg&nbsp;? Pouvait-elle envisager ce long voyage&nbsp;? Valait-il mieux que B\u00e9nonie s\u2019occupe de son fils pendant son absence&nbsp;? Elles perdirent beaucoup de temps \u00e0 des discussions auxquelles Jean-Baptiste ne se m\u00eala pas&nbsp;; sauf pour inciter Benoite \u00e0 aller chercher fortune ailleurs. Et finalement Benoite se r\u00e9solut \u00e0 la solution qu\u2019Antoine avait envisag\u00e9e&nbsp;: aller accoucher \u00e0 Strasbourg pendant que B\u00e9nonie s\u2019occuperait de son fils \u00e0 Maubeuge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En regardant d\u00e9filer la plaine d\u2019Alsace, Benoite, avec l\u2019optimisme de ses vingt ans, pense qu\u2019elle a bien fait&nbsp;: \u00e0 Strasbourg, elle va trouver une solution avec Marie-Anne. L\u2019un des passagers, un gros bonhomme au fort accent alsacien, lui a dit qu\u2019il connaissait une Grusenmeyer Quai de la Bruche, \u00e0 deux pas de leur point d\u2019arriv\u00e9e&nbsp;; il lui a expliqu\u00e9 o\u00f9 c\u2019\u00e9tait, elle va aller voir.<br>La grosse berline ach\u00e8ve maintenant sa course au milieu des houblonni\u00e8res, sur une longue route droite bord\u00e9e de fr\u00eanes faisant face aux impressionnants remparts de Strasbourg\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La marche se ralentit&nbsp;; on passe au pas la porte fortifi\u00e9e de Saverne&nbsp;; dans le chemin souterrain qui tourne \u00e0 angle droit, le postillon fait force de coups de gueule et de fouet. Enfin, faubourg de Saverne, le cocher serre les freins et les palefreniers s\u2019activent autour des quatre chevaux haletants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Beno\u00eete prend son baluchon. Elle traverse le canal des Remparts et rejoint le Quai de la Bruche o\u00f9 arrivent par flottage les bois de Schirmeck. Et au N\u00b0 6, en effet, elle rencontre une petite femme alerte, m\u00e8re de deux gar\u00e7ons&nbsp;: Christine Grusenmeyer. Oui Christine est l\u2019\u00e9pouse du holzmesser (mesureur de bois)&nbsp;George M\u00f6bs&nbsp;; oui son fr\u00e8re Antoine est en garnison \u00e0 Maubeuge&nbsp;; non elle ne savait pas que son r\u00e9giment avait \u00e9t\u00e9 mut\u00e9 outre-mer, mais sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e devait le savoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le soir&nbsp;; on allume les premiers r\u00e9verb\u00e8res. Beno\u00eete remonte d\u2019un pas press\u00e9 le puant Foss\u00e9 des Tanneurs. Sur les prescriptions de Christine, elle prend \u00e0 droite la Grande rue de la Grange, et tout au bout, au dessus de l\u2019\u00e9picerie qui fait le coin avec la place Kl\u00e9ber, elle se pr\u00e9sente chez Marie-Anne Grusenmeyer, la s\u0153ur a\u00een\u00e9e de Christine et Antoine. Marie-Anne est une grande femme blonde&nbsp;; elle est mari\u00e9e \u00e0 Laurent Bataille, un conducteur d\u2019omnibus. Ils r\u00e9sident l\u00e0 parce que la Place Kl\u00e9ber est la plaque tournante du tramway hippomobile et que c\u2019est l\u00e0 que Laurent prend son service tous les jours. Marie-Anne a re\u00e7u la lettre d\u2019Antoine, et chez les Grusenmeyer on ne plaisante pas avec ces choses-l\u00e0&nbsp;: Les Bataille disposent d\u2019un logement qui n\u2019est pas tr\u00e8s grand, mais en se serrant un peu, on va h\u00e9berger Beno\u00eete.<br>Deux femmes maintenant se racontent leur vie autour de chopes de bi\u00e8re et de bretzels : L\u2019une, \u00e0 trente trois ans, n\u2019a toujours pas d\u2019enfant apr\u00e8s trois ans de mariage&nbsp;; l\u2019autre, \u00e0 vingt ans, attend d\u00e9j\u00e0 le second sans \u00eatre mari\u00e9e. Par la petite fen\u00eatre aux verres teint\u00e9s donnant sur la place, elles guettent l\u2019arriv\u00e9e du coche de Laurent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 6 mars, Beno\u00eete rejoignit Quai Saint Jean la maison des religieuses&nbsp;qui s\u2019occupaient des filles en difficult\u00e9. On la fit entrer Grande rue de la Course,&nbsp;par la porte de c\u00f4t\u00e9 ; et on lui donna un lit dans une chambre partag\u00e9e avec d\u2019autres filles. Le terme approchant, on l\u2019emmena dans une salle voisine o\u00f9 la sage-femme attitr\u00e9e l\u2019aida \u00e0 mettre au monde son deuxi\u00e8me enfant&nbsp;: une fr\u00eale petite fille qu\u2019elle nomma Marie, comme sa tante&nbsp;; mais Marie Menu, puisque cette enfant n\u2019avait pas de p\u00e8re&nbsp;! Et le lendemain, Place Gutenberg, en prenant pour t\u00e9moins deux employ\u00e9s au gaz de rencontre, Madeleine Hammel d\u00e9clara \u00e0 la mairie cette naissance naturelle qui ne choqua personne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bapt\u00eame de Marie eut lieu deux semaines plus tard dans le baptist\u00e8re lat\u00e9ral de l\u2019\u00e9glise Saint Pierre-le-jeune. Le parrain et la marraine \u00e9taient le m\u00e9nage Rabier, que George M\u00f6bs connaissait parce que Jean-Baptiste Rabier \u00e9tait affect\u00e9 au contr\u00f4le du march\u00e9 aux fruits. Marie plissa les yeux lorsqu\u2019on l\u2019aspergea de l\u2019eau froide de la<br>grande cuve de pierre \u00e9clair\u00e9e par les petits vitraux color\u00e9s. Elle fut baptis\u00e9e fille de Benedicta Menu c\u00e9libataire. Le parrain signa&nbsp;; et l\u2019acte fut sign\u00e9 \u00e9galement par un gar\u00e7on de 19 ans&nbsp;: Jean-Baptiste Grusenmeyer, \u00e9tudiant \u00e0 Strasbourg, le plus jeune fr\u00e8re de Marie-Anne, Christine et Antoine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au mois de juillet suivant, un agent du recensement nota, au 1 Grande rue de la Grange, chez Laurent Bataille et Marie Grusenmeyer, la pr\u00e9sence de Beno\u00eete Menu couturi\u00e8re et de sa fille Marie, enfant naturel de quatre mois&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Recensement de 1846<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela dit, pour d\u00e9nouer la situation de Benoite \u2013 et faire reconna\u00eetre le p\u00e8re de Marie \u2013 il fallait attendre le retour d\u2019Antoine \u00e0 l\u2019issue de son service militaire.<br>Or cette attente allait durer plusieurs ann\u00e9es !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie-Anne s\u2019attacha \u00e0 Marie. Pour ne pas rester \u00e0 la charge des Bataille, Benoite reprit une activit\u00e9 de couturi\u00e8re ; chaque fois qu\u2019elle laissait Marie \u00e0 la garde de sa belle-s\u0153ur, elle savait qu\u2019elle ne pouvait laisser sa fille en de meilleures mains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malheureusement l\u2019histoire de Benoite s\u2019arr\u00eate l\u00e0 parce que je n\u2019ai plus aucun acte la concernant.&nbsp;Dix ans plus tard, Marie est recens\u00e9e Place Kl\u00e9ber chez les Bataille \u2013 o\u00f9 elle passe pour leur fille \u2013 Mais Beno\u00eete a disparu&nbsp;!<br>Et Benoite n\u2019est pas morte \u00e0 Strasbourg entre ces deux recensements\u2026<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Recensement de 1856<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie n\u2019avait que quelques ann\u00e9es lorsque Benoite disparut. Marie-Anne a d\u00fb lui expliquer que sa m\u00e8re \u00e9tait partie en voyage et s\u2019employer \u00e0 la lui faire oublier. Jamais, sans doute, m\u00e8re d\u2019adoption ne fut plus d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 sa fille&nbsp;:&nbsp;Cette enfant inesp\u00e9r\u00e9e que le destin lui avait envoy\u00e9e, Marie Anne se l\u2019appropria comme une b\u00e9n\u00e9diction. C\u2019\u00e9tait sa fille. Il ne fut pas question de prendre la moindre tutelle pour r\u00e9gulariser la situation de celle qu\u2019on a fini par appeler Marie Bataille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s un second remplacement militaire, Antoine revint en 1861 \u00e0 Surbourg, o\u00f9 il fut h\u00e9berg\u00e9 \u00e0 la forge familiale reprise par son fr\u00e8re Joseph. Benoite avait disparu depuis longtemps. Antoine est mort \u00e0 Surbourg l\u2019ann\u00e9e suivante \u00e0 40 ans&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie Anne, qui n\u2019a pas eu d\u2019enfant, a continu\u00e9 \u00e0 veiller sur Marie. En 1873, elle a \u00e9t\u00e9 marraine de son second fils. Je ne sais rien d\u2019elle par la suite.<br>Jean-Baptiste, qui n\u2019a pas eu d\u2019enfant non plus, a \u00e9galement continu\u00e9 \u00e0 veiller sur Marie. C\u2019est lui qui l\u2019a incit\u00e9e \u00e0 venir le rejoindre \u00e0 Nancy&nbsp;en 1890 lorsqu\u2019apparut l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019associer ses deux fils a\u00een\u00e9s \u00e0 l\u2019essor des Magasins R\u00e9unis. De 19 ans son a\u00een\u00e9, il est mort \u00e0 Nancy plus de vingt ans apr\u00e8s elle \u00e0 95 ans&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est que Marie est morte \u00e0 Nancy en 1900 \u00e0 54 ans apr\u00e8s avoir eu onze enfants&nbsp;!<br>Un Grusenmeyer lui avait manqu\u00e9, deux Grusenmeyer l\u2019ont sauv\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie Menu<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Nancy ~1890)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puisque vous voulez le savoir, je vais vous raconter pour finir ce qu\u2019est devenue Benoite et qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 ses descendants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9but 1849 \u00e0 Strasbourg, Benoite et Marie-Anne attendaient Antoine \u00e0 l\u2019issue de son service militaire. Il n\u2019est pas exclu que ce service ait \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9 quelque peu, parce que Benoite a trouv\u00e9 tr\u00e8s long le retour d\u2019Antoine. Sans doute \u00e9tait-elle impatiente de le retrouver.<br>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, \u00e7a faisait plus de trois ans qu\u2019elle avait laiss\u00e9 son fils \u00e0 Maubeuge et il lui manquait. Les nouvelles qu\u2019elle en avait par les lettres r\u00e9guli\u00e8res de B\u00e9nonie \u00e9taient bonnes, mais celle-ci se plaignait parce qu\u2019elle ne s\u2019entendait plus gu\u00e8re avec Jean-Baptiste. Alors Marie-Anne et Benoite d\u00e9cid\u00e8rent qu\u2019il \u00e9tait temps d\u2019aller chercher Charles \u00e0 Maubeuge pour le ramener \u00e0 Strasbourg.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un mercredi d\u2019avril 1849 vers 9 heures du soir, Marie-Anne et Marie accompagn\u00e8rent Benoite \u00e0 la diligence de Sedan. Marie venait de souffler les trois bougies qu\u2019on lui avait mises quelques jours plus t\u00f4t sur un magnifique Kugelhopf&nbsp;; elle portait le beau manteau de drap bleu que Benoite lui avait fait pour son anniversaire. Au d\u00e9part, elle embrassa sa m\u00e8re et, sans broncher, regarda disparaitre dans le noir la grosse berline rouge aux armes de Strasbourg. Puis elle prit la main de Marie-Anne et toutes deux s\u2019en retourn\u00e8rent Place Kl\u00e9ber.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A cette \u00e9poque, la diligence roulait jour et nuit, mais elle ne parcourait qu\u2019une dizaine de kilom\u00e8tres par heure. Une heure \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s le temps qu\u2019il fallait pour aller d\u2019un relai de poste \u00e0 l\u2019autre. A chaque relai, le postillon d\u00e9telait ses chevaux, un nouveau postillon y attelait les siens, et les passagers avaient quelques instants pour se d\u00e9gourdir les jambes avant que la diligence ne reparte vers le relai suivant&nbsp;; apr\u00e8s avoir fait le plein si l\u2019on peut dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or le lendemain, apr\u00e8s le relai de Mars-la-Tour, une pluie froide s\u2019installa. Le postillon camp\u00e9 sur le cheval avant gauche se d\u00e9menait pour \u00e9viter les obstacles d\u2019une route mal empierr\u00e9e&nbsp;; et dans un virage difficile, il ne put \u00e9viter l\u2019orni\u00e8re dans laquelle se prit l\u2019une des roues avant. Dans un grand craquement, la berline chancela et versa contre le talus, aux cris \u00e9pouvant\u00e9s des passagers qui se retrouv\u00e8rent sens dessus dessous dans l\u2019habitacle. Le cocher et son apprenti leur port\u00e8rent secours. Il sembla qu\u2019il n\u2019y avait que plaies et bosses. Mais dans le fond, une jeune femme au visage bl\u00eame, affaiss\u00e9e sur elle-m\u00eame, restait inanim\u00e9e\u2026 Et cette jeune femme, c\u2019\u00e9tait Benoite&nbsp;!<br>On la sortit de l\u00e0, on l\u2019allongea dans des couvertures, on essaya de lui faire boire un peu d\u2019eau-de-vie, rien n\u2019y fit. Il y avait parmi les passagers un homme de l\u2019art&nbsp;; il constata qu\u2019elle avait une forte ecchymose \u00e0 la tempe gauche, il lui prit le pouls, le trouva faible, et d\u00e9cida qu\u2019il \u00e9tait urgent qu\u2019elle puisse se reposer dans de meilleures conditions. On se h\u00e2ta de remettre la berline en \u00e9tat de marche&nbsp;; tous les passagers s\u2019y mirent, et aussit\u00f4t on fit force de fouet vers le relai suivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait tard lorsqu\u2019on arriva au relai d\u2019Harville. On descendit la passag\u00e8re inanim\u00e9e&nbsp;; le maitre de poste fit pr\u00e9venir d\u2019urgence le maire. Celui-ci arriva pour constater le d\u00e9c\u00e8s&nbsp;; il demanda au cocher de lui indiquer l\u2019identit\u00e9 de celle qu\u2019il allait abandonner l\u00e0 pour continuer sa course. Et comme personne ne la connaissait, le maire rendit compte le lendemain de ce d\u00e9c\u00e8s \u00e0 la mar\u00e9chauss\u00e9e de Strasbourg \u00e0 laquelle il adressa un proc\u00e8s-verbal de cet accident mortel de la circulation.<br>Le surlendemain, apr\u00e8s un court office du cur\u00e9 qui enregistra le d\u00e9c\u00e8s de cette inconnue de 23 ans de passage \u00e0 Harville, Benoite fut enterr\u00e9e dans un coin du cimeti\u00e8re de ce petit bourg. Impossible au chercheur le plus chevronn\u00e9 de reconna\u00eetre dans ce d\u00e9c\u00e8s inconnu celui de Benoite Menu&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d\u00e9pit de leur obstination l\u00e9gendaire, les gendarmes n\u2019auraient peut-\u00eatre jamais identifi\u00e9 la mort de Benoite si Laurent Bataille, ne recevant aucune nouvelle d\u2019elle deux semaines apr\u00e8s son d\u00e9part, n\u2019\u00e9tait all\u00e9 pr\u00e9venir de ce contre temps ceux de Strasbourg. Ils avaient sous les yeux la copie du proc\u00e8s-verbal du maire d\u2019Harville. Le signalement de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e correspondait, son habillement \u00e9tait celui que Marie-Anne avait d\u00e9crit, Laurent sut aussit\u00f4t que Benoite \u00e9tait morte et en signa la d\u00e9position.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pass\u00e9 les premi\u00e8res stupeurs, les Bataille d\u00e9cid\u00e8rent que Marie \u00e9tait bien trop jeune pour qu\u2019on lui annonce la mort de sa m\u00e8re. Marie-Anne s\u2019employa \u00e0 la lui faire oublier, comme je l\u2019ai dit. De fait, Marie oubliait facilement, mais elle revenait souvent \u00e0 la lancinante question de l\u2019absence de sa m\u00e8re, et les tr\u00e9sors de consolation que Marie-Anne d\u00e9ploya pour la rassurer contribu\u00e8rent certainement \u00e0 l\u2019attacher \u00e0 cette ni\u00e8ce venue du ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par la voie des autorit\u00e9s militaires, les Bataille inform\u00e8rent aussit\u00f4t Antoine de la mort de Benoite. Dans l\u2019impossibilit\u00e9 de r\u00e9gulariser d\u00e9sormais la situation de Marie, tous d\u00e9cid\u00e8rent qu\u2019il n\u2019y avait rien d\u2019autre \u00e0 faire que d\u2019en rester l\u00e0. Antoine, qui ne connaissait que le m\u00e9tier des armes, prolongea le lien qu\u2019il avait en cours&nbsp;; avant de souscrire, d\u00e9but 1854, un nouvel engagement.<br>Antoine revint \u00e0 Strasbourg d\u00e9but 1861. Son \u00e9tat de sant\u00e9 s\u2019\u00e9tait d\u00e9grad\u00e9 \u00e0 cause de fi\u00e8vres coloniales qui le fatiguaient souvent. Par sa s\u0153ur Christine, il fit pr\u00e9venir Marie-Anne de son arriv\u00e9e. Une rencontre entre eux permit de se mettre d\u2019accord sans que Marie s\u2019en aper\u00e7\u00fbt. Et Antoine alla Place Kl\u00e9ber rencontrer sa fille.<br>Marie avait quatorze ans. En pr\u00e9sence de Marie-Anne, Antoine lui apprit qu\u2019il \u00e9tait son p\u00e8re&nbsp;; il lui dit comment sa m\u00e8re \u00e9tait morte d\u2019un accident de diligence lorsqu\u2019elle \u00e9tait petite&nbsp;; et il lui expliqua que si son service militaire colonial l\u2019avait emp\u00each\u00e9 de la reconna\u00eetre comme sa fille, il n\u2019avait jamais cess\u00e9 de penser \u00e0 elle. Marie ne put retenir ses larmes. Antoine l\u2019embrassa, et tous deux se sourirent, comme lib\u00e9r\u00e9s l\u2019un et l\u2019autre d\u2019un immense fardeau\u2026<br>Le lendemain, Antoine rejoignit Surbourg, o\u00f9 il mourut l\u2019ann\u00e9e suivante comme je l\u2019ai dit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A Maubeuge, peu apr\u00e8s l\u2019accident de Benoite, B\u00e9nonie aussi s\u2019\u00e9tait inqui\u00e9t\u00e9e de ne pas la voir arriver. Elle avait \u00e9crit \u00e0 Strasbourg et les Bataille, qui venaient de l\u2019apprendre eux-m\u00eames, l\u2019avaient inform\u00e9e par retour de courrier de la mort de sa fille. La perte du seul enfant qui lui restait la mit dans un p\u00e9nible abattement, ce qui ne contribua pas \u00e0 am\u00e9liorer ses relations avec Jean-Baptiste.<br>En 1853, B\u00e9nonie d\u00e9cida de se s\u00e9parer de lui et de retourner \u00e0 Hautrage. Elle lui laissait son petit-fils Charles qui avait dix ans. Et avant de quitter Maubeuge, elle ne trouva pas la force de dire \u00e0 Charles comment sa m\u00e8re \u00e9tait morte, craignant d\u2019avoir \u00e0 lui r\u00e9v\u00e9ler que celle-ci avait d\u00fb l\u2019abandonner tr\u00e8s jeune pour aller accoucher ailleurs d\u2019un enfant qui n\u2019avait pas le m\u00eame p\u00e8re que lui.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est vrai que les naissances naturelles \u00e9taient fr\u00e9quentes et qu\u2019elles \u00e9taient souvent reconnues&nbsp;: \u00e0 Maubeuge, deux demi-s\u0153urs de Benoite ont eu chacune un enfant naturel&nbsp;; l\u2019un est mort tr\u00e8s jeune, l\u2019autre a \u00e9t\u00e9 reconnu par son p\u00e8re \u00e0 Laon. Et \u00e0 Surbourg, Ignace, le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 d\u2019Antoine, et Joseph, son cadet, ont eu chacun un enfant naturel qu\u2019ils ont reconnu dans le mariage \u00e0 l\u2019issue de leur service militaire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais pour Benoite c\u2019\u00e9tait plus grave. Ce qui ne passait pas, c\u2019\u00e9tait qu\u2019une seconde naissance naturelle soit intervenue alors que la premi\u00e8re n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9gularis\u00e9e. L\u2019incons\u00e9quence \u00e9tait tol\u00e9r\u00e9e une fois mais pas deux. B\u00e9nonie avait gagn\u00e9 du temps en envoyant Benoite accoucher \u00e0 Strasbourg, mais le probl\u00e8me n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9gl\u00e9&nbsp;: Elle savait que sa fille ne retrouverait pas une existence honorable tant que Marie n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 reconnue par son p\u00e8re.<br>La mort de Benoite ayant rendu impossible l\u2019ex\u00e9cution de ce projet, il n\u2019y avait plus d\u2019autre issue que de la faire dispara\u00eetre de la m\u00e9moire familiale&nbsp;; on sacrifia la m\u00e8re \u00e0 la r\u00e9putation de sa fille. Pour que la disparition de Benoite soit compl\u00e8te, il fallait aussi que sa mort ne soit pas rendue publique&nbsp;; Charles et Marie n\u2019en ont jamais fait \u00e9tat. Il fallait enfin que ceux-ci ne se rencontrent pas&nbsp;; et il semble que Marie n\u2019a jamais rencontr\u00e9 Charles, si elle a jamais su qu\u2019il existait&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019emp\u00eache, les g\u00e8nes sont t\u00eatus et ils se sont veng\u00e9s&nbsp;: Marie a reproduit le mod\u00e8le de sa m\u00e8re. Mais avec plus de chance qu\u2019elle, puisqu\u2019apr\u00e8s un premier fils naturel, elle a eu le second dans le mariage. Et comment Marie a-t-elle nomm\u00e9 celui-ci&nbsp;? Charles Brutus. Clin d\u2019\u0153il \u00e0 son demi-fr\u00e8re Charles Auguste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui m\u2019a \u00e9mu dans l\u2019histoire de Benoite et Marie, c\u2019est la m\u00e8re r\u00e9duite \u00e0 l\u2019\u00e9tat de fant\u00f4me pour sauver la fille, alors que le premier \u00e9lan de celle-ci a \u00e9t\u00e9 de recommencer ce qu\u2019on avait reproch\u00e9 \u00e0 celle-l\u00e0. Et aussi comment deux Grusenmeyer qui n\u2019ont eu d\u2019enfant ni l\u2019un ni l\u2019autre, ont entour\u00e9 Marie qui en a eu tant&nbsp;: l\u2019imp\u00e9tuosit\u00e9 au bras de la st\u00e9rilit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout ce qui concerne la disparition et la mort de Benoite est pure imagination de ma part, mais ne contredit aucun des actes qui la concernent&nbsp;; \u00e0 un d\u00e9tail pr\u00e8s&nbsp;: Marie a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 son mariage qu\u2019elle n\u2019avait pas vu sa m\u00e8re depuis environ 20 ans&nbsp;; ici, j\u2019ai opt\u00e9 pour 24 ans.<br>Je n\u2019ai pas retenu l\u2019hypoth\u00e8se que Benoite aurait abandonn\u00e9 Marie \u00e0 sa belle-s\u0153ur \u2013 comme elle avait abandonn\u00e9 Charles \u00e0 sa m\u00e8re \u2013 pour aller s\u2019ouvrir ailleurs un autre destin (ce qui ne me parait pas convenir \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je me fais de sa personnalit\u00e9). Ni l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle se serait clo\u00eetr\u00e9e en mani\u00e8re d\u2019expiation (je n\u2019ai pas de trace de son d\u00e9c\u00e8s \u00e0 Hautrage o\u00f9 il y avait un couvent et o\u00f9 elle aurait pu rejoindre sa m\u00e8re). Ni l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle se serait suicid\u00e9e apr\u00e8s qu\u2019Antoine ait d\u00e9nonc\u00e9 le contrat conclu entre eux (Il n\u2019y a pas trace de son d\u00e9c\u00e8s \u00e0 Strasbourg)&nbsp;: Pourquoi faire dans le mis\u00e9rabilisme quand on peut s\u2019en tenir \u00e0 une solution simple et banale&nbsp;?<br>Je n\u2019ai pas retenu non plus l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019Antoine \u00e9tait \u00e9galement le p\u00e8re de Charles Auguste&nbsp;(si \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 le cas, je pense que Benoite n\u2019aurait pas laiss\u00e9 son fils \u00e0 Maubeuge).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean-Baptiste Menu &amp; B\u00e9nonie Bricq<br>Jean-Baptiste Menu a eu trois filles de Marie Jh. Jaumotte, morte d\u00e9but 1832 \u00e0 Valenciennes.<br>Il a \u00e9pous\u00e9 B\u00e9nonie \u00e0 Valenciennes fin 1832 et reconnu Benoite comme sa fille&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils se sont install\u00e9s \u00e0 Maubeuge o\u00f9 B\u00e9nonie a eu deux jumeaux en 1835 (\u2020\u2020).<br>Jean-Baptiste est mort \u00e0 Maubeuge en 1859 veuf de Marie Jh. Jaumotte.<br>B\u00e9nonie est morte \u00e0 Hautrage en 1878 c\u00e9libataire (ce qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 la naissance de Benoite).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Benoite Menu<br>Benoite Bricq est n\u00e9e \u00e0 Hautrage (~Mons, Belgique) en 1825, fille naturelle de B\u00e9nonie Bricq.<br>Benoite Menu a \u00e9t\u00e9 reconnue par son p\u00e8re en 1832.<br>Le 15\/10\/1843 \u00e0 Maubeuge, Benoite, ouvri\u00e8re non mari\u00e9e, a eu rue du Pavillon&nbsp;: Charles Auguste. En 1872, celui-ci, fils naturel de Benoite Menu dont le domicile est inconnu, a \u00e9pous\u00e9 \u00e0 Maubeuge C\u00e9lina Boudaille&nbsp;; dont il a eu trois enfants. Il est mort \u00e0 Maubeuge en 1891, fils de feu Benoite Menu.<br>Le 07\/03\/1846 \u00e0 Strasbourg, Benoite, 20 ans, non mari\u00e9e, domicili\u00e9e \u00e0 Maubeuge, n\u00e9e \u00e0 Hautrage (Belgique) a eu Grande rue de la Course N\u00b01&nbsp;: Marie&nbsp;; baptis\u00e9e \u00e0 St. Pierre-le-Jeune le 22 mars.<br>Benoite n\u2019est morte ni \u00e0 Strasbourg ni \u00e0 S\u00f9rbourg, ni \u00e0 Maubeuge ni \u00e0 Valenciennes&nbsp;ni \u00e0 Hautrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie-Anne Grusenmeyer, n\u00e9e \u00e0 S\u00f9rbourg (Bas-Rhin) en 1813, a \u00e9pous\u00e9 Laurent Bataille \u00e0 Strasbourg en 1843. Ils n\u2019ont pas eu d\u2019enfant. Laurent est mort \u00e0 Strasbourg en 1870. Marie-Anne n\u2019est morte ni \u00e0 Strasbourg, ni \u00e0 Surblurg, ni \u00e0 Troisfontaines, ni \u00e0 Nancy.<br>Antoine Grusenmeyer, n\u00e9 \u00e0 S\u00f9rbourg en 1821, n\u2019y a jamais \u00e9t\u00e9 recens\u00e9. Il a \u00e9t\u00e9 exempt\u00e9 de service militaire&nbsp;; mais deux mentions dans la liste de tirage au sort de sa classe (1841) montrent qu\u2019il s\u2019est engag\u00e9 \u2013 apr\u00e8s le conseil de r\u00e9vision, le 14 juin 1842, \u2013 puis le 28 janvier 1854. Il est recens\u00e9 \u00e0 S\u00f9rbourg en 1861, non mari\u00e9, laboureur chez son fr\u00e8re Joseph. Il est mort \u00e0 S\u00f9rbourg en 1862.<br>Jean-Baptiste Grusenmeyer, n\u00e9 \u00e0 S\u00f9rbourg en 1827, a fait la guerre de Crim\u00e9e comme chef de musique au 2\u00e8me R\u00e9giment du G\u00e9nie (avec Antoine Corbin, musicien, futur fondateur des Magasine R\u00e9unis). Il a \u00e9pous\u00e9 \u00e0 Arras en 1862&nbsp;: Marie Joseph Guilbert (s\u0153ur de L\u00e9onie, future \u00e9pouse d\u2019Antoine Corbin). Il n\u2019a pas eu d\u2019enfant. Il a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin au mariage de Charles Roy \u00e0 Nancy en 1898 (grand-oncle de l\u2019\u00e9poux). Il est mort (au Bazar St. Nicolas) \u00e0 Nancy en 1922.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie Menu<br>En 1867 \u00e0 Strasbourg, Marie Menu, 21 ans, couturi\u00e8re non mari\u00e9e, fille naturelle de feu Benoite Menu a eu : Eug\u00e8ne&nbsp;; d\u00e9clarant&nbsp;: Laurent Bataille, 46 ans (qui a sign\u00e9).<br>En 1873 \u00e0 Strasbourg, Marie, fille majeure ill\u00e9gitime de Benedicta Menu, absente depuis environ 20 ans et sans domicile connu, a \u00e9pous\u00e9 Jean Roy&nbsp;; dont elle a eu sept enfants \u00e0 Strasbourg puis trois \u00e0 Troisfontaines (\u00e0 partir de 1882). Ils sont install\u00e9s en 1890 \u00e0 Nancy, o\u00f9 Marie est morte en 1900.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mariage de Jean Roy &amp; Marie Menu (T. Charles M\u00f6bs, Ignace Grusenmeyer et Jean-Baptiste Rabier, parrain de Marie)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1846 Benoite Menu &#8211; 20\/03\/2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ndlr : dans cet admirable r\u00e9cit, Jean-Marie Roy aborde d&rsquo;une mani\u00e8re presque romanesque l&rsquo;origine de la famille Roy, qui devint Masson par l&rsquo;union de Charles Brutus, fils de Marie Menu [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-2137","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masson-reunis.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2137","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masson-reunis.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/masson-reunis.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masson-reunis.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masson-reunis.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2137"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/masson-reunis.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2137\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3625,"href":"https:\/\/masson-reunis.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2137\/revisions\/3625"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masson-reunis.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2137"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}